Maffia et opportunisme : ainsi va la république…

Posted by droitdaboyer on nov 5, 2009 in Non classé |

Comme M. Jourdain faisait de la poésie sans le savoir, bon nombre de congolais sont membres actifs de la « Maffia congolaise » qui recrute ses membres dans toutes les structures de la société congolaise, à en croire un aîné que j’ai rencontré la semaine dernière. Du sommet de l’Etat jusqu’à la base, la camorra congolaise est diversifiée mais très solidaire et la loi du silence y est une règle d’or également. Kingani est nommé à la tête d’une grosse boite « juteuse » pour reprendre une expression de certains médias congolais. Son ascension, n’est pas le fruit de ses compétences. Loin s’en faut. Mais plutôt de ses relations dans le cercle décisionnel ou mieux de son opportunisme. Ou plus exactement de son militantisme et souvent de ses origines ou liens familiaux. Dès sa nomination, « les fils du terroir », une organisation momentanée des opportunistes de tout bord, organisent une réception en l’honneur « d’un des leurs » et pour remercier le chef d’avoir pensé à leur terroir. La fête est totalement financée par l’heureux promu. Le jour de la fête, tous les « dignes fils du terroir » dans la nomenklatura sont présents et se trémoussent au rythme d’un groupe folklorique bien du terroir. C’est une sorte d’initiation du nouveau venu dans la maffia nationale. Les plus anciens pour ne pas dire les plus malins donnent des filons au nouveau venu sur l’abc de la longévité à son poste. Dans les jours qui suivent, Kingani passe à la pratique. Il lui faut des parapluies dans toute la sphère du pouvoir : présidence de la république, cabinet du premier ministre, gouvernement, Justice, services d’ordre et de sécurité civile et militaire et médias bien entendu. Il téléphone à un conseiller à la présidence de la république : « Kulutu (Grand frère) comment ça va ? Je ne t’ai pas vu hier à la fête. Même pas un coup de fil pour féliciter et bénir son jeune frère qui arrive grâce à vous ses ainés ». Réponse du grand frère : « Leki (petit), ta belle sœur ici est malade. Je cherche à l’envoyer aux soins en Europe mais tu sais les temps sont durs même pour nous ici ». Réplique de Kingani : « Kulutu je comprends la situation. Je sais que tu étais de cœur avec ton jeune frère. Si vous êtes à la maison, j’envoie un petit colis pour la belle sœur ». Un coursier, un autre gars du terroir de confiance, débarque chez le conseiller et dépose une enveloppe bien garnie de quelques milliers de dollars. C’est la belle sœur qui appelle pour remercier : « Leki (petit), vraiment ton grand frère est fier de toi. Passe un de ces soirs manger un morceau à la maison. Ton frère pourra en profiter pour te présenter à d’autres personnes que tu dois connaître si tu veux aller loin dans ta carrière ». Le soir convenu, Kingani est à table avec d’autres protégés du grand frère : un haut magistrat, un officier supérieur, un ou deux ministres, deux ou trois patrons d’entreprises publiques et privées, un bon libanais ou indo-pakistanais ayant pignon sur rue dans la capitale, un patron de presse ou journaliste et peut-être aussi un bon diplomate en poste dans la capitale. Quelques bouteilles de champagne arrosent la soirée. Des cartes de visite sont échangées. Le grand frère présente le jeune frère avec forces détails sur ses mérites réels ou supposés. Il raconte également comment il est « le préféré du Chef » qui le consulte à toute heure de la journée. La soirée se termine tard. Une fois dans leurs limousines et 4×4 rutilantes, les convives s’empressent chacun d’avaler quelques cuillérées de miel. Sait-on jamais. Le spectre du poison est omniprésent dans la ville. Dès le lendemain matin, Kingani, la tête encore lourde, est réveillé par la sonnerie de son nouveau BlackBerry que lui a offert un commerçant expatrié lors de sa nomination. C’est le colonel rencontré la veille à la soirée arrosée chez le « grand frère ». « Mon frère, comment ça va ? », lance l’officier. Le nouveau promu rétorque : « Très bien mon colonel, vous êtes matinal. Quelles sont les nouvelles mon frère ? ». L’officier répond : « Pas très fort mon frère. Je viens de lire les rapports de mes services qui te mettent en cause terriblement. J’ai l’impression que tu dors un peu là. Il faut que je te vois qu’on en parle de vive voix ». Rendez-vous est pris pour un déjeuner dans un restaurant huppé de la ville. Le déjeuner se terminera par une enveloppe ou promesse d’enveloppe bien garnie. A peine a-t-il raccroché que le téléphone retentit à nouveau. Et encore une fois le téléphone. Ce tintamarre de coup de fil va se poursuivre sans désemparer de sorte que le jeune promu est partagé entre son téléphone, sa pâte à tartiner et la salle de bain. Tous ces interlocuteurs de ce matin sont des gens qu’il a connu chez le « grand frère ». Chacun d’eux demande quelque chose : un service, une faveur, de l’argent, etc. Et lorsqu’il franchit la porte de sa résidence féérique que lui a offerte en location/vente à un prix exagéré un promoteur immobilier de la ville, il se retrouve face à des frères du terroir. Ceux-là même qui ont organisé la fête des enfants du terroir promus. Chacun d’eux a un problème urgent d’argent pour enterrer ou faire soigner un membre de la famille, payer la scolarité d’un fils ou tout bonnement offrir à manger à la famille dont les enfants n’ont rien mis sur la dent depuis deux ou trois jours. Deux visiteurs matinaux se distinguent du lot. Le représentant de la coterie dans la capitale et monsieur le journaliste d’un « grand » média de la place. Le premier présente une farde avec dix demandes d’emploi pour « les jeunes de la tribu » qui sont sans emploi depuis la fin de leurs études universitaires il y a dix ans. « Pangi (frère), c’est notre tour. N’abandonne pas nos enfants. Trouve leurs de la place chez toi », lance le représentant de la coterie. Quant au journaliste, il amène avec lui la morasse d’un article pamphlétaire contre Kingani programmé pour être publié dans les 24 heures. « Boss, c’est terrible. Si tu n’agis pas, tu es foutu demain. Je dois intéresser l’auteur de ce papier ainsi que le patron pour faire disparaître cette merde », confie le journaliste avec un regard malicieux. Instruction est donnée à madame pour remettre quelques billets verts à cette marmaille de courtisans impromptus. Le journaliste reçoit directement son enveloppe du « Boss » avec promesse de le mettre en contact avec le patron du média qui recevra, à son tour, son enveloppe pour étouffer à jamais l’affaire et inonder le média des éloges du nouveau promu moyennant paiement des factures gonflées pour chaque article. Et Kingani, essoufflé avant même d’avoir commencé sa journée de travail, s’engouffre dans sa 4 x 4 dont le chauffeur quitte en trombe la résidence en direction des bureaux où l’attendent d’autres courtisans venus lui vendre d’autres chimères. Au fil des mois et des années, les salaires, les frais de missions réelles et fictives, les jetons de présence à des réunions du Comité de gestion et d’administration ne suffisent plus pour entretenir les courtisans et les différents parapluies dans l’appareil de l’Etat. Kingani n’a plus de choix que de mettre la main à la caisse, d’accepter les pots de vins et de signer des contrats léonins rassuré du silence des uns et de la protection payante des autres. Ainsi va la république.

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4 Comments

prosper
nov 6, 2009 at 22:44

Cher Donat,

juste te féliciter pour le nouveau look du site de JED et te dire combien j'ai apprécié tes aboiements pour Kingandi. Comme tu as su si bien le dire, ainsi va melheureusement la République… bananière. Les régimes et les hommes passent, le système demeure.  A défaut de pouvoir le changer, donnons nous au moins le droit d'aboyer avec les tripes. 

Bien à toi.


 
Thierry Kyalumba
nov 12, 2009 at 09:26

Salut

Cher Donat

Ce petit papier est tout simplement génial.FRanchement, je manque les mots pour dire tout le bien que je pense de cet article et du bien que l'arret de ce genre de comportement ferait à notre pays.

Bien de bonnes choses à toi et à toute l'équipe de JED


 
tepalyss
nov 15, 2009 at 18:52

We can all turn on a small light in a dark room…

Moise light is on …they can do what they have to do,So we can do what we want to do…Tepalyss Tshowa.

 


 
tepalyss
nov 15, 2009 at 18:57

I did what I had to do because it was the right thing to do….

Brydon M.


 

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